Le dogme capitaliste nous ressert pratiquement tous les jours que « les 35 heures » sont une aberration typique de l'utopie de gauche, qui provoquerait du chômage, des coûts sociaux trop élevés ...bref, selon la droite, la cause de tous nos maux.

Le plus embêtant, dans ces affirmations régressives, est qu'une partie de la gauche semble être d'accord. Nous serions les plus « fainéants » du monde occidental et voire même du monde.

Or quand on examine les chiffres, nous avons des surprises.

En moyenne, le temps de travail des salariés (tous les salariés) est de:

  • 35 heures en France

  • 35 heures pour l'Union Européenne à 15

  • 34,3 heures en Allemagne

  • 30,4 heures aux Pays-bas

  • 35,8 heures en Italie

Dans la plupart des pays de l'Europe du Nord, hormis la Finlande (35,3 heures) le temps de travail hebdomadaire moyen est inférieur à la moyenne Française. Ce qui impliquerait, d'après les réactionnaires, que plus on vit au Nord plus on est paresseux ...c'est pourtant l'inverse que la rumeur colporte.

Toutefois le temps de travail moyen des salariés Français à temps complet est inférieur à celui des salariés de l'Europe des 15 (37,8 heures pour 39,3 heures) Ce qui signifie que les salariés à temps partiel travaillent plus en moyenne en France que dans le reste de l'Europe.

Les 35 heures ont effectivement eu pour conséquence un autre partage du travail. Si les emplois créés ne furent pas ceux espérés, les répercussions sur le travail à temps partiel ont été positives (même si nous sommes encore très loin des objectifs de partage du travail) puisque le temps de travail partiel moyen est de 22,5 heures en France pour 19,9 heures en Europe.

Mais ce n'est pas tout, si on examine la production moyenne des emplois, c'est à dire le PIB par emploi:

  • un emploi Français produit 5% de plus qu'un emploi USA

  • un emploi Français produit 19% de plus qu'un emploi Italien

  • un emploi Français produit 21% de plus qu'un emploi Allemand

La mise en œuvre des 35 h s'est traduite par une forte pression sur l'emploi, qui a eu pour conséquences des réductions relatives d'effectifs, une augmentation des emplois à temps partiel et au final plus de productivité. De ce point de vue là, on peut conclure que le capital est gagnant dans la réduction du temps de travail.

La position dogmatique de la droite est donc imbécile de tous les points de vue. Mais en réalité ce n'est pas le problème du partage du travail qui se pose car le travail est très abondant; travail rémunéré, travail domestique, travail associatif, travail collectif ….. Le problème qui se pose est d'une part, celui de la rémunération par l'emploi et plus précisément celui du partage des richesses produites. Si le travail est associé à un emploi du secteur productif et d'autant plus qu'il produit de la valeur ajoutée, alors la rémunération sera avantageuse. Et ceci même si l'utilité sociale est médiocre ou négative. Par contre, plus on descend dans l'échelle de la rentabilité du système productif moins le travail sera rémunéré, même si l'utilité sociale est positive.

D'autre part la réduction du temps de travail (en tant qu'emploi) avait aussi d'autres objectifs humanistes largement perdus de vue. Le travail/emploi est indispensable, nous le savons, mais il y a plusieurs temps dans la vie aussi indispensables comme le temps de la formation, le temps de la culture, le temps des enfants, le temps des divertissements, le temps du développement personnel, le temps de la retraite ...La réduction du temps de travail avait aussi pour objectifs d 'équilibrer et de rendre possible ces différents temps de vie. Nous en sommes loin ….mais il faut dire que ceux qui condamnent les 35 heures sont des privilégiés, bien payés et qui occupent les emplois les plus intéressants, enrichissants, motivants...