Le coût du travail est trop cher ! Encore un leitmotiv des prédateurs libre-échangistes malheureusement relayé par une part importante des salariés … inconscients qu'ils sont !

La solidarité est de moins en moins une valeur sociétale. On peut adhérer à une théorie solidaire mais en pratique on est toujours mécontent. Si bien que de plus en plus l'idée, selon laquelle le coût du travail est trop élevé, fait son chemin et fait le lit de la droite.

Ici il s'agit des cotisations sociales payées par les entreprises et les salariés. Dans la perception des individus ce sont des charges et non pas un revenu. Or les cotisations sociales ne sont rien d'autres que des revenus différés. Revenus qui sont transférés à des retraités, des chômeurs, des malades …. C'est à dire qu'à un moment donné celui qui paie n'est pas celui qui reçoit. Ce qui ne signifie pas que ceux qui reçoivent soient toujours les mêmes, chacun finit par prendre sa retraite et la maladie n'épargne personne.

Baisser le coût du travail pour soi-disant créer de l'emploi est une hérésie du même acabit que la suppression des 35 heures.

Pour diminuer globalement le coût du travail deux solutions se présentent. D'une part, sans baisser la rémunération directement perçue par les salariés privilégiés du « noyau dur » des entreprises il faut réduire globalement les cotisations sociales. D'autre part il faut comprimer les salaires notamment ceux dont l'impact sur la valeur ajoutée des entreprises est faible. Au final cela revient à creuser les inégalités ….pour créer des emplois. Bien évidemment ces emplois créés sont précaires et sous-payés. Autrement dit « pour créer des emplois il faut creuser les inégalités » !! C'est la politique menée par l'Allemagne depuis une dizaine d'années. Le résultat fait pâlir d'envie nos dirigeants de droite qui constate avec jalousie que l'Allemagne a plus sauvé d'emplois que la France. Mais le prix a payer est lourd, les petits boulots sous payés se sont développés passant de 4,8% à 7,1 % des emplois tandis qu'en France ce taux restait quasiment stable de 6,1% à 6,8 %. Le développement des petits boulots (les travailleurs pauvres) a eu également pour conséquence d'accroître considérablement les inégalités: en Allemagne le rapport des revenus des 20% les plus riches comparés aux 20% les plus pauvres est passé de 3,8 à 4,8. En France ce rapport s'est également dégradé mais de façon moindre, passant de 4 à 4,2. Or l'Allemagne est le modèle qui inspire la droite Française, nous pouvons donc imaginer très facilement quelles seront les conséquences des politiques futures menées par Sarkosy.

Pourtant d'autres modèles démontrent que ce n'est pas la bonne voie. Dans les pays scandinaves le coût du travail est élevé, les inégalités plus réduites pourtant le chômage est plus faible: les taux d'emplois sont très élevés de 72% en Suède à 76% au Danemark. Mais il faut dire que ces pays développent la solidarité, notamment par des services à la personne très performants, valeur que la droite n'a pas dans ses priorités puisqu'elle traduit solidarité par le mot assistanat et avec de fortes connotations négatives.

Sarko annonce une réforme massive de la fiscalité, on peut d'ores et déjà imaginer ce que la droite va mettre en place, c'est à dire faire payer les plus modestes considérés par ailleurs comme des assistés.

Il n'en demeure pas moins que le coût de la solidarité porte majoritairement sur le travail, ce qui est injuste. Ce n'est donc pas le coût du travail qui est en jeu, c'est le financement de la solidarité qui est à revoir. Deux pistes sont à explorer pour rendre plus juste ce financement:

  • la fiscalisation est la première piste, soit par une fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG ou soit par une progressivité de la CSG et dans tous les cas une augmentation pour les nantis. Pour ma part je ne suis pas partisan de la fusion de la CSG et de l'IR. Créer un impôt unique (nouveau IR) qui permette de financer toutes les dépenses collectives risque d'être mal compris. Il me semble préférable qu'un impôt spécifique à la solidarité soit mis en place, ce serait plus clair pour le débat démocratique (dépenses d'investissement, dépenses de solidarité)

  • la deuxième piste est un prélèvement sur la Valeur ajoutée de toutes les entreprises, ou plutôt sur l'EBE (excédent Brut d'exploitation) afin de ne pas pénaliser les salaires.