Article de Rémi Barroux, Marie-Béatrice Baudet, Paul Benkimoun, Sophie Landrin et Gilles van Kote


Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la croissance démographique nécessitera une augmentation de la production agricole de 50 % d'ici à 2030 et de 70 % d'ici à 2050. Pour la majorité des experts, la Terre a le potentiel pour répondre à ces objectifs et nourrir les 9 milliards d'habitants qu'elle devrait compter en 2050.

Mais à quel prix ? En 2009, l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) se sont livrés à un petit exercice prospectif. Dans le cadre de l'enquête Agrimonde, leurs chercheurs ont imaginé deux scénarios : dans le premier, les tendances actuelles se prolongent d'ici à 2050, et priorité est donnée à la croissance économique et au "bien-être immédiat des hommes" ; le second privilégie "la durabilité des systèmes agricoles et agroalimentaires".

Le premier cas de figure entraîne une hausse de 590 millions d'hectares des surfaces cultivées ou utilisées pour l'élevage (un milliard et demi d'hectares sont exploités aujourd'hui), une perte de biodiversité, une montée des problèmes environnementaux et une accélération du changement climatique.

Autant de phénomènes évités par le scénario alternatif. Mais celui-ci suppose une convergence mondiale vers un nouveau mode de consommation : les disponibilités alimentaires seraient alors de 3 000 kilocalories par jour et par personne (dont 500 d'origine animale), soit une diminution de 25 % en moyenne pour les populations des pays riches par rapport à leur régime actuel, mais une augmentation d'autant pour les habitants d'Afrique subsaharienne.

La nécessité d'une transition vers un nouveau modèle agricole mondial est de plus en plus évoquée, y compris au sein des institutions internationales : "Il faut garantir une transition des systèmes alimentaires et agricoles vers des systèmes moins gourmands en énergie fossile et moins polluants", écrivent ainsi les experts du Comité de la sécurité alimentaire, plate-forme des Nations unies, dans un rapport présenté lundi 17 octobre.

Dans 9 milliards d'hommes à nourrir (François Bourin, 432 p., 22 euros), livre qu'ils ont récemment cosigné, Marion Guillou et Gérard Matheron, qui président respectivement l'INRA et le Cirad, concluent sur six recommandations : accentuer les efforts de recherche ; mettre l'accent sur les partenariats internationaux et le partage d'informations ; réinvestir dans l'agriculture ; limiter la volatilité des prix des denrées alimentaires ; faire évoluer les modes de consommation ; repenser la gouvernance mondiale en matière de sécurité alimentaire.

"On peut gagner énormément, rien qu'en travaillant sur les irrationalités du système, affirme Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l'alimentation. On insiste beaucoup sur la nécessité de produire plus pour répondre à une demande en croissance. Mais on oublie les gaspillages alimentaires ou les biocarburants qui entrent en concurrence avec les cultures alimentaires..."

Selon une étude parue en 2009, 40 % de l'alimentation disponible aux Etats-Unis est gaspillée chaque année.