Un record sur la dette publique, annoncée à 87,4% du PIB, soit près 1.800 milliards d’euros. En pourcentage de la richesse nationale, la France se situe au 16e rang mondial sur 194 des nations les plus endettées, et au 4e rang sur 27 au sein de l’Union européenne (derrière la Grèce, l’Italie et la Belgique). En volume, elle se situe au 5e rang mondial (derrière les Etats-Unis, le Japon, l’Italie et l’Allemagne).

Entre 2007 et 2012, la dette publique aura progressé de 64% du PIB à 87,4%, soit une augmentation phénoménale de près de 600 milliards d’euros. Un récent rapport de la Cour des comptes l’a souligné: seul un tiers de cette dégradation est conjoncturel, dû à la crise; les deux-tiers sont structurels, de la responsabilité du gouvernement, pour l’essentiel du fait de baisses d’impôts.

400 milliards d’euros d’ardoise laissés par Nicolas Sarkozy! Autant dire que si la France perd son «AAA», ce sera de sa responsabilité. La dette publique par Français aura progressé en tout de 7.000 euros depuis mai 2007, atteignant plus de 25.000 euros par Français en 2012…

Un record sur le niveau des impôts, qui s’établira à 44,5% du PIB… En 2012, la France se situera ainsi au 4e rang mondial sur 194 pays en matière de prélèvements obligatoires, derrière le Danemark, la Belgique et la Suède, et loin devant l’Allemagne (40%) ou le Royaume-Uni (38%).

Enfin, un record sur la dépense publique qui atteint 56 % de la richesse nationale. Plaçant la France au 1er rang mondial, ex-aequo avec le Danemark, et loin devant la Suède (51%) ou l’Allemagne (44%)!

Dette (n°5 mondial en volume), impôts (n°4 mondial), dépenses publiques (n°1 mondial): la France termine le présent quinquennat parmi les plus mauvais élèves de la planète.

Le nouveau président de la République héritera en mai 2012 d’une situation dramatique: presque 90% de dette publique, et un déficit toujours pas maîtrisé, vraisemblablement au-dessus de 5% du PIB. En prenant 100% comme seuil auquel les marchés cesseront de nous financer –à juste titre, car l’endettement y devient incontrôlable– il lui restera tout au plus entre dix-huit et vingt-quatre mois de survie budgétaire. Et ce du fait de la situation intrinsèque de la France, sans même parler des risques de crise systémique sur la dette publique en provenance du reste de la zone euro, de la Grèce à l’Italie.

La situation est d’autant plus grave que l’œil du cyclone financier va se porter sur la France. Nous sommes sous surveillance des agences de notation, qui menacent de dégrader le «AAA» de l’Etat. Les taux d’intérêt servis à l’émission de la dette française se sont déjà dégradés: avec un «spread» de 120 points de base, les marchés nous notent déjà en «BBB+». 

La France enregistre des engagements hors bilan importants: engagement de recapitalisation des banques françaises (évalué officiellement à 10  milliards, mais officieusement jusqu’à 25); engagement de 100 milliards d’euros au titre du Fonds européen de solidarité financière (FESF), fonds qui garantit les pays en crise de la zone euro; engagement implicite de recapitalisation de la Banque centrale européenne si la BCE venait à perdre de l’argent, ce qui arrivera en cas de défaut grec (la Grèce n’a à ce stade fait défaut que pour les créanciers privés «volontaires» et est censée honorer sa dette pour les autres créanciers, notamment la BCE).

La démultiplication du FESF, obtenue au sommet européen du 26 octobre, opère un transfert de risques massif. C’est une sécurité très solide pour les pays du sud: leur émission de dette est garantie à hauteur de 2.000 milliards d’euros environ, soit pour trois ans au minimum. Mais cette garantie pèse à due proportion sur les pays du nord. La France a-t-elle encore les épaules suffisamment solides pour porter ce nouveau fardeau? Les marchés ne tarderont pas à se poser la question.

Article de Terra-Nova